Interview #girlsforchange : Lucie – Skate’Her

C’était il y a 3 mois. Après avoir travaillé pendant 7 ans au sein de l’équipe digital marketing de Volcom, Lucie Curutchet, 29 ans, a quitté son poste pour se rapprocher encore plus du terrain et co-fonder avec Gaëtan Ducellier Skate’Her, un collectif dédié aux skateuses. Le tout, en parallèle du projet de maisons d’hôtes qu’elle mène de front avec sa copine, aux portes de Biarritz. En tant que figure emblématique du mouvement #GIRLSFORCHANGE, elle s’est confiée à notre micro sur son amour de la planche – et pas qu’à roulettes ! – et son besoin d’en faire profiter au reste du monde…  Attention, secousses assurées. 

Quand as-tu commencé à skater ? 

J’ai commencé le skate très tôt, en même temps que le surf, à l’âge de 8 ans. Avec mes voisins de quartier à Bayonne, on roulait, on s’entraînait au quotidien. Résultat, j’ai énormément skaté entre 8 et 14 ans. Après, j’ai arrêté : mes copines de l’époque ne skataient et ne surfaient pas… Je n’ai repris qu’à vingt ans, plutôt pour me déplacer pendant mes études et voyages. Un peu plus tard, en 2015, quand j’ai commencé à bosser chez Volcom, j’ai découvert les tricks grâce au skatepark qui trônait dans les locaux. Et depuis, je suis à fond ! Il y a trois ans, j’ai même pris des cours du soir pour la première fois au skatepark de Biarritz, histoire de développer mes figures. Le gros “plus”, c’est que mon associé Gaëtan était prof de skate, donc il me donne aussi beaucoup de conseils de pro ! 

Qu’est-ce que te procure le skate ? 

De la fierté, surtout quand je réussis des tricks après m’être entraînée pendant des mois… Il m’arrive d’essayer 600 fois une figure avant de la gérer totalement ! 

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Skate’Her en janvier 2021 ? Quels sont vos engagements en France ? 

L’envie d’installer la parité dans le milieu du skate ! Pourtant, ça peut paraître contradictoire, mais personnellement, je n’ai jamais ressenti le besoin de devoir skater à tout prix avec des filles en particulier : j’ai toujours eu des copains garçons avec qui m’amuser ! C’est en grandissant que j’ai réalisé qu’énormément de filles se mettaient des barrières : souvent, elles n’osaient pas se lancer dans un skatepark devant des garçons. En tant que prof, Gaëtan m’a fait le même retour. Curieusement, en même temps, on a constaté une vraie demande au niveau du skate féminin, bien qu’il ne soit pas encore très développé : aujourd’hui, sur les effectifs des cours de skate, il y a encore beaucoup plus de mecs que de filles. À travers Skate’Her, on organise donc des free sessions. Concrètement, on invite les filles intéressées à nous retrouver au skatepark pour rider toutes ensemble et apprendre à se connaître. Notre action est régionale (dans la région de Biarritz, ndlr.) pour commencer, mais on aimerait aussi organiser des évènements dans d’autres villes, comme Toulouse, Paris, Bordeaux, etc. pour promouvoir la pratique féminine du skate dans toute la France ! 

D’après toi, pourquoi c’est moins simple de se mettre et/ou de se tenir au skate, quand on est une fille ? 

Je pense que ça vient vraiment du fait que le skate a toujours été un sport de mecs, tout simplement ! Pour pratiquer, il ne faut pas avoir peur de tomber, de se faire mal. C’est un truc de casse-cou ! Alors, ce n’est peut-être pas le premier sport auquel les filles pensent… Ni leurs parents, d’ailleurs ! J’ai des ami·e·s qui ont eu des enfants et qui n’ont pas forcément très envie de mettre leur fille sur un skate. Heureusement, c’est en train de changer, il y a une vraie expansion du skate féminin. Même les marques s’y mettent. Par exemple, Vans s’est donné pour objectif d’avoir des équipes constituées d’autant de skateurs pros que de skateuses pros dans les trois ans qui suivent ! C’est vraiment maintenant et d’ici les prochaines années que tout va se jouer ! 

Avais-tu un modèle féminin quand tu t’es mise au skate et quand tu as cofondé le collectif ? 

Pas vraiment ! J’ai surtout commencé à skater à force de regarder des gens sauter avec une planche… le fait que le skate reste collé à leurs pieds pendant les figures, je trouvais ça fou (rires) ! Je n’étais pas fan d’un·e skateur·se en particulier, pareil pour le surf. Il faut dire que quand j’étais petite, il n’y avait pas les réseaux, ni toutes ces vidéos…. ! Maintenant, je suis beaucoup de skater·ses sur les réseaux. Je privilégie ceux·celles qui ont une pratique originale. 

Justement, en parlant de pratique, qu’est-ce qui fait un·e bon·ne skateur·se selon toi ? Y a-t-il une façon plus “féminine” de skater d’après toi ?

Pour moi, ce qui fait un·e bon·ne skateur·se, c’est sa créativité. Par exemple, avec ma copine, on s’est rendues à un skate tour pour Vans à Marseille. Clairement, celle qui s’est démarquée selon moi, c’est Helena Long. Ce n’était pas forcément la skateuse la plus technique, mais clairement la plus créative : elle peut utiliser chaque élément de l’espace – comme une poubelle ou un poteau -, pour faire des tricks ! En gros, quand elle arrive dans un endroit, n’importe lequel, elle a vraiment sa manière à elle d’imaginer l’espace pour skater alors qu’à la base, ça n’a rien à voir avec un skatepark (rires) ! Concernant la façon de skater, je ne pense pas qu’il y ait une manière plus féminine de faire. Au contraire, on trouve qu’une skateuse est bonne si en la regardant skater, on ne peut pas dire si c’est un homme ou une femme. Il faut que ce soit un peu nonchalant, pas crispé, vraiment fluide… naturel, quoi ! 

Skate’Her a intégré le projet d’école de surf au Ghana de Paddle-paddle Surf Project. Tu m’en dis plus sur les actions prévues ? 

Notre but est de récolter des planches de skate et de les ajouter au container de planches de surf, qui partira fin septembre pour le Ghana. Concrètement, dès qu’on va rassembler les filles en free sessions, on va leur demander de ramener du vieux matos (plateaux, roues, du grip, des trucks, etc.) pour monter des skates de toutes pièces. En deuxième temps, on souhaiterait aller au Ghana pour rencontrer les filles, former des profs là-bas, histoire qu’ils·elles soient complètement indépendant·e·s. Et puis, un skate park est actuellement en cours de construction au Ghana. Peut-être qu’ils·elles auront aussi besoin de notre aide pour construire des infrastructures, des modules, … 

Il y a donc un côté éco-friendly dans votre démarche de solidarité ? 

Complètement, avec la récup’ ! ll faut dire que beaucoup de skateur·se·s sponsorisé·e·s ne skatent pas leurs planches jusqu’au bout ! C’est bien de pouvoir les récupérer pour leur donner une seconde vie et aider ceux·celles qui n’ont pas forcément accès à tout ce matériel.  

Que souhaitez-vous partager avec le public pendant l’atelier custom de l’évènement Make some Waves le 11 septembre prochain ? 

On aimerait costumiser des modules avec des dessins et motifs africains, pour faire une vraie référence au Ghana,  notamment avec les couleurs du drapeau national. On a prévenu d’amener tout ce qu’il faut au niveau peinture, etc. et normalement, après, ça va glisser tout seul ! 

Enfin, qu’aimerais-tu dire à une fille qui aimerait se lancer dans le skate ?

De prendre des cours, absolument ! C’est un sport ingrat, ça s’oublie  assez vite, surtout au niveau des figures… Car heureusement, quand il s’agit de trouver son équilibre et ses appuis sur la planche, c’est comme le vélo : ça ne se perd pas. Et puis, il ne faut pas se décourager ! Le skate, c’est vraiment un apprentissage qui se fait par palier. Lorsqu’on intègre un trick, on fait bosser notre mémoire musculaire, petit à petit. C’est donc facile de perdre… le pied (rires) ! Parfois, on a l’impression de stagner et d’un coup, on peut ressentir une évolution, ce qui peut nous donner envie de skater encore plus. C’est dans ce genre d’euphorie qu’il faut être prudent·e·s et éviter de se croire invincible ! Il faut trouver le juste milieu entre y aller doucement pour ne pas se blesser, et persévérer pour continuer de progresser. 

Venez rencontrer Lucie et Gaëtan au stand Skate’Her

le 11 septembre au Jo&Joe d’Hossegor !

📝 Anaïs Koompan @anakoop
📷 Mathilde Metairie @mathildemetairie & Bastien Labelle @bastienlabelle

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