Interview #girlsforchange : Marion – Surfista Surfboards

Du design au shape, il n’y a qu’un pas [courageux]. C’est ainsi que Marion, architecte-designer et coloriste de formation, s’est attaquée à la fabrication de planches de surf dès ses études. En quête d’une technique aiguisée et d’une signature bien à elle, ses expériences la mènent des Landes jusqu’en Australie, en passant par Bali. L’une des rares femmes shapers en France nous raconte la genèse de Surfista au fil des rencontres. Immersion immédiate dans l’univers mythique des créateurs de tapis volants d’eau. 

À quel moment précis as-tu décidé de devenir shaper ?

Marion – Je me rappelle qu’au bout d’à peine un an d’activité j’ai été invitée à un festival et il fallait un numéro de SIRET pour l’inscription. Forcément, encore débutante je n’en avais pas, je me suis posée pas mal de questions… À l’époque, je ne me sentais pas très légitime de me lancer à mon compte. Tout le monde m’a encouragé, mon entourage, mes amis et ma famille m’ont dit : « tu n’as rien à perdre. Ça marche déjà bien, tu as des commandes, des gens qui sont intéressés. Alors vas-y lance-toi ! » Sept ans plus tard et un peu de poussière dans les poumons, zéro regret !

Tu t’es formée entre la France, l’Australie et Bali, comment t’es-tu fait la main ?

J’ai fait ma première année de shape en France à Hossegor. Au bout d’un an, j’ai voulu élargir mes horizons et me perfectionner à l’étranger. Je connaissais déjà quelques personnes en Australie, mais je ne pouvais pas me permettre de seulement voyager. Parfois je faisais 3 boulots en même temps – bar, auberge de jeunesse et usine de shape. Je ne dormais pas beaucoup, mais au moins j’avais un toit sur la tête !

Au début, le travail en usine était très mal payé, puis après avoir fait mes preuves, j’ai fini par bosser dans les meilleures usines d’Australie. Par exemple, chez DHD, je glassais les fish colorés, une gamme pastel, bleu, vert, orange et rose. Chez GlassLab, j’ai poncé des shortboards pendant des mois et j’ai fait de l’époxy. Tu fais plein de planches dans la journée, c’est la meilleure école. Après, tu rentres en France et tu sais bien glasser et bien poncer. Plus tu fais et plus tu sais faire. 

Quelle empreinte ont laissé ces endroits sur toi ?

En Australie j’ai vraiment fait des rencontres incroyables, des personnes qui m’ont aidée et soutenue, ce que je n’ai pas retrouvé en France. C’est eux qui à chaque fois m’ont reboosté pour revenir en France, continuer mon chemin et tenter des choses encore plus folles comme des effets de résine, des shapes et des manières de faire différents. Ce sont eux qui m’ont vraiment inspiré.

De Bali je retiens surtout le hasard des rencontres qui m’ont présentée à des shapers. J’ai aidé à shaper et glasser. J’ai pu voir comment les locaux faisaient. Que ce soit en Australie ou à Bali en fait, j’ai appris des choses et aussi beaucoup appris à d’autres. J’étais partie me perfectionner et j’en suis venue à aider des gens qui ne savaient pas comment faire certaines choses. C’était vraiment très cool. 

Qu’est ce qui fait un bon shaper d’après toi ? 

Beaucoup de planches ahah ! Plus sérieusement, un bon shaper c’est quelqu’un qui a la compréhension de la mécanique des fluides, de comment va réagir une planche sur l’eau. Il ou elle doit aussi savoir bien s’adapter aux attentes du client, sa morphologie, son niveau et le type de vague surfée. Faire des planches c’est bien beau, mais il faut savoir écouter la demande du client. Je dirais aussi qu’il faut parfois sortir un peu de ses habitudes pour pouvoir proposer quelque chose qui correspond aux attentes. 

Quels types de planche te commande-t-on le plus souvent ? Pourquoi ?

Les clients viennent surtout pour trois styles de planche : le longboard, le mini-malibu et le fish. Cela fait quelques années que les planches retro et les planches volumineuses reviennent à la mode, le single fin, par exemple. Les gens ont compris que le volume c’est pas plus mal, ça aide à ramer et à prendre plus de vagues. La galette (le shortboard) est démodée, mine de rien on va tous passer sur des grandes planches. La révolution est en marche !

Certains disent que tu apportes une touche “féminine”. Est-ce que tu ressens une part de féminité dans les planches que tu shapes ?

On a chacun une touche, sa particularité, que l’on soit garçon ou fille. Je mise sur des planches colorées, j’ai beaucoup de planches pastel, beaucoup d’effets de résine, du tie-and-dye et des incrustations de tissu. Les formes sont plutôt rondes, que ce soit des mini-malibu ou autre, je ne fais pas de planches de forme agressive. La féminité dans le shape est reflétée autant par le choix de couleur et le shape, c’est de la douceur, du naturel et des courbes. Les autres et mes clients le ressentent ainsi aussi.

D’aillleurs, quelle est la proportion de femmes parmi tes clients.es ?

Je fais de plus en plus du 50-50. Au tout début je shapais pour 20% de filles et  80% de garçons. Avec les années, j’ai attiré plus de femmes. On n’a pas toujours eu accès à des planches faites pour nous et pour nos morphologies. J’espère en attirer de plus en plus, ce n’est que le début ! 

Que penses-tu du surf féminin actuel ? 

Je pense que c’est vraiment en train de devenir plus accessible, plus ouvert qu’avant. Après, il y a aussi un effet de mode et il faut savoir faire le tri entre les véritables passionnés et ceux qui y vont pour le style. J’observe une ouverture d’esprit générale, que ce soit dans le sport ou dans les métiers autour.

Je vois la différence quand j’ai commencé au début, les combinaisons étaient noires, les planches étaient blanches. Aujourd’hui on voit plus de couleurs, on a été écoutées et c’est en train d’évoluer. Il y a de plus en plus de filles à l’eau, on est plus les seules au pic c’est bon ! 

Autre enjeu lié au milieu du surf, les shapers peuvent jouer un rôle majeur dans la protection environnementale. Penses-tu qu’un surf plus « écologique » soit possible ?

Je pense que ça fait partie de la mentalité du surfeur de faire les choses dans le respect de la nature, pour que ce soit le plus écologique, de recycler, récupérer des déchets à l’eau et sur la plage. Bref, d’essayer de faire notre petite partie.

En tant que shaper on n’a pas énormément d’options écologiques à notre disposition actuellement. Mais il existe des pains de mousse avec une partie recyclée, les choses sont en train de changer dans le bon sens. On sera les premiers à utiliser des matières écologiques une fois qu’elles auront fait leur preuve, pour proposer des choses plus écolos aux surfeurs. En attendant, on est voués à être roulés dans la résine et la poussière, ça fait partie du job !

Enfin, que souhaites-tu partager avec le public pendant le live shaping du 11 septembre ? 

Montrer mon métier et montrer que c’est accessible à tout le monde, surtout aux femmes. Je serai aussi là pour répondre aux questions des curieux qui veulent mieux comprendre comment est faite une planche. Ce sera un beau moment de partage !

Venez rencontrer Marion dans la caravane VISSLA

le 11 septembre au Jo&Joe d’Hossegor !

📝 Maï Trebuil @ordinaryspectacles
📷 Mathilde Metairie @mathildemetaire

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